Le blues de l’après régime

Il y a quelques mois, je vous parlais du rôle de l’équilibre alimentaire dans la perte de poids, face aux problèmes d’obésité.
Suite à ce billet, vous avez été nombreux à m’envoyer des mails afin d’avoir des compléments d’informations, des adresses ou tout simplement me faire part de votre propre expérience.
Pour ça, je tenais à vous remercier de l’intérêt que vous avez prêté à ce sujet, qui me tient particulièrement à cœur. #JoieDansMonPetitCoeur #Emotions

Aujourd’hui, je vais vous parler de la suite…
De ce qui se passe une fois les kilos perdus, l’objectif « physique » atteint.
Il s’agit d’un phénomène, très récurent lors de fortes pertes de poids, que l’on appelle « Le blues de l’après régime ».

Ce concept peut vous paraître un peu étrange, mais il est pourtant bien réel, et on n’en parle malheureusement pas assez.
Il est pourtant important de le mettre en avant, toujours dans une idée d’accomplissement et de confiance en soi : COMPRENDRE POUR AVANCER.

Lorsque l’on entame ce genre de guerre personnelle, on s’apprête à révolutionner la moitié des fondements de notre personnalité, en partant du principe que nous sommes construit sur différentes bases reposant sur le physique et le psychique.
L’un ne fonctionne pas sans l’autre. Ils s’appuient l’un sur l’autre.

Imaginez-vous changer radicalement votre apparence.
Imaginez-vous que le regard que les gens ont toujours porté sur vous, change radicalement.
Imaginez-vous être toujours la même personne, mais ne plus savoir comment l’exprimer.
Non. Ce n’est pas évident.

blues perte de poids

Avoir une nouvelle silhouette, une fois passée la victoire euphorique contre les kilos, la fierté d’avoir pris le dessus et d’avoir perdu ce putain de poids qui nous gâchait la vie, un goût amer peut rapidement prendre le dessus.

Il faut apprivoiser son nouveau corps, devenu étranger.

Se débarrasser des adjectifs qui nous ont toujours collés à la peau, de tous ces mécanismes d’auto-compensation que nous avons mis en place inconsciemment depuis toujours, pour devenir et occuper ce nouveau corps, tout en restant soi-même.

L’ELDORADO DE LA MINCEUR

Nous vivons dans une société vouant un véritable culte au physique.
Les gens que l’on nous vend comme « représentant du bonheur » sont beaux.
Et c’est bien connu, un des dictats de la beauté, c’est la minceur.

blues apres regime beth dito
On aura beau entendre que c’est super que Beth Ditto soit devenue une égérie de mode, que ça fait du bien de montrer une femme avec des formes et bien dans sa peau, je ne suis pas sûre que beaucoup de personnes aimeraient lui ressembler, bêtement conditionnées par ce qu’on nous dit d’être « beau » et « sexy ».

Gérard Apfeldorfer, psychiatre et psychothérapeute, disait lors d’une interview donnée il y a quelques années au magazine Psychologies que « Nombreux sont ceux qui pensent que leur perte de poids va aboutir à une réelle transformation, un peu comme la chenille se transforme soudain en papillon. Que maigrir va résoudre tous leurs problèmes : le désamour de soi, les soucis professionnels ou d’argent. C’est d’ailleurs souvent ce qui nous est présenté, avec des discours du type : « maigrissons donc et tout s’arrangera ! ». Mais maigrir ne change pas une personne. La déception est donc forcément à l’arrivée. »

Engager une démarche de changement aussi radicale se fait forcément dans l’idée d’améliorer l’être que l’on est, pour coller à une image que l’on s’est fait de soi. Image dictée par les valeurs d’une société (outre le côté médical évidemment).
Il est donc important d’avoir conscience que ce sentiment de déception est prévisible, et commun.

Si toi aussi tu as ce ressenti, rassures-toi, tu es tout ce qui est de plus normal !
(fiouuu ça fait du bien de le savoir !!! )


APPRIVOISER SON NOUVEAU CORPS

Vous avez perdu du poids, beaucoup de poids.
Votre corps n’est plus le même : vos courbes ont changé, votre peau a évolué, votre façon de bouger s’est fluidifiée, votre garde-robes a pris des allures différentes.
Même si vous ne voulez pour rien au monde changer votre nouvelle silhouette, vous n’avez pas encore trouvé un moyen de vivre avec.

Suite à l’interview de Gérard Apfeldorfer sur le blues de l’après régime un témoignage m’a touchée car il représente tout a fait ce que je ressens aujourd’hui «J’ai toujours été la petite boulotte rigolote de service. Mais maintenant que je ne suis plus boulotte justement, c’est comme si j’avais perdu mon rôle, ma place, voire une part de moi-même… Il m’est difficile de l’expliquer : avant, l’humour était un moyen de me faire remarquer mais seulement quand je le voulais auprès de qui je le voulais. Car les gens ne me voyaient pas vraiment alors qu’aujourd’hui, je suis plus ‘visible’ et cela me gêne. Je gère très mal les regards, je n’arrive pas à être naturelle. »

On ne s’en rend pas forcement compte, mais nous construisons l’image que nous avons de nous même à travers le regard de ceux qui nous observent, et ce qu’ils nous renvoient.
Il faut donc arriver à gérer ces nouveaux regards.

D’un coté ces hommes, pour qui nous n’existions pas avant, se mettent soudainement à nous sourire et à nous « considérer », et d’un autre coté ces femmes qui se mettent à être méfiantes et jalouses.
Alors que nous, nous n’avons pas changé !

Nous sommes toujours la même personne. Nous sommes toujours nous, du moins nous essayons.

Ce regard sur notre nouveau corps, bien qu’agréable et flatteur d’un coté, peut amener à un sensation de pistes brouillées:
Mais qui suis-je réellement ? Comment réagir face à tout ça ? Comment arriver à construire sur ce nouveau corps à partir de ma personnalité ?

blues apres regime

Toujours dans la même interview, Gérard Apfeldorfer disait que « Le surpoids peut être en lui-même un mécanisme de défense contre la séduction. C’est notamment le cas lorsqu’il a débuté dans le jeune âge et que les personnes concernées n’ont jamais appris la séduction. Non pas parce-qu’elles ne pouvaient pas séduire, mais parce-qu’elles s’en sont toujours exclues. Avec l’amincissement, le bouclier disparaît et elles se sentent d’autant plus nues que, bien souvent, le processus de séduction se met en route malgré elles. Elles commencent par s’habiller différemment, à se comporter différemment et très vite, elles paniquent face aux regards des autres. Souvent d’ailleurs, elles s’indignent contre ce changement de comportement et n’hésitent pas à s’insurger en clamant des « c’est un scandale, je veux être aimée pour moi-même, pas pour mon corps ».

« Le secret, c’est de bouger, autant pendant l’amincissement qu’après. »

Pour faire connaissance avec son nouveau corps, il faut aller à sa rencontre, le découvrir à travers sa propre perception. Cela aidera à mieux accepter les (nouveaux) regards des autres.

Pour cela, le sport est un excellent exercice.
Notre corps existe, on le maitrise et on le fait bouger comme on le souhaite ! Il n’est plus uniquement une enveloppe abstraite que l’on subit.
« C’est le mouvement qui nous fait prendre conscience de sa réalité. C’est lui aussi qui nous permettra d’habiter notre nouveau corps et d’en prendre réellement possession. »
De plus, le sport permet la sécrétion d’endorphines et ça rend heureux ! ☺

Dans ce sens, j’ai testé et aimé la Zumba, qui est un sport féminin, qui allie le coté sportif du fitness et le coté sexy des danses latines.
Parfait pour la découverte de sa sensualité !

blues apres régime zumba

Après, tout à chacun de trouver ce qui lui correspondra le plus comme le shopping ou encore un travail avec un conseillé en image si besoin.

GERER LE BLUES DE L’APRES REGIME

Dans les problèmes de poids, on a tendance à trouver dans la nourriture, une réponse et une compensation à ses problèmes.
C’est donc dans la période de stabilisation, où survient le blues de l’après-régime, que va se jouer le plus difficile.
On se retrouve « exposé à une transformation brutale, psychologique comme émotionnelle, à laquelle nous n’avons pas été préparé ».

Pour gérer le blues de l’après régime, il faut prendre conscience de qui l’on est aujourd’hui, sur les bases de qui nous sommes depuis toujours et en oubliant qui nous voulions être. Là est toute la subtilité de la réflexion !

« Sartre a très bien parlé de la mauvaise foi : on se forge une personnalité, et toute sa vie on essaie de coller à ce que l’on a décidé d’être. Tout se passe comme si l’on se forgeait une image idéale de soi et que du matin au soir on s’efforçait de correspondre à cet idéal lointain. Inutile de dire que tôt ou tard, on se casse la figure, et que cette chute occasionne mille tiraillements intérieurs ainsi qu’une souffrance inouïe. De nombreuses douleurs sont induites par cette comédie intime que l’on ne cesse de jouer. On joue un rôle pour obtenir de l’affection. On joue un rôle pour être aimé. D’où l’immense besoin de se sentir aimé inconditionnellement. » Alexandre Jollien (Petit traité de l’abandon >> livre que je vous recommande !!!)

Avant tout, pour gérer le blues de l’après régime, il est important de savoir que ce blues est normal (je le répète mais c’est important de le savoir) et fait partie du jeu que nous continuons de jouer : celui du changement.

Comme je le disais dans mon précédent billet sur la perte de poids à proprement parler, la prise de poids résulte souvent d’un problème psychologique et n’importe quel procédé pour perdre du poids doit commencer par un travail sur soi et ainsi « soigner » le côté psychologique de votre trouble alimentaire.

Pour faire face à ce blues d’après régime, il faut continuer ce travail personnel et surtout accepter de se faire aider, parler de ce que l’on ressent à ses proches, à son médecin, aux gens qui sont là pour nous épauler et qui nous aiment.
Tous ne comprendront pas évidemment, mais ça vaut le coup d’essayer.

Il ne faut pas non plus amoindrir ce que l’on ressent. Ce n’est pas parce-que l’on est dans le positif d’un point de vue physique, que l’on n’a pas le droit d’être un peu perdu au niveau psychique et de l’exprimer.
Il faut accepter ces sentiments, que ce soit de la frustration, de la peine où n’importe quel manque, il faut accepter de le rendre réel pour le gérer.
Sinon vous risquez de faire des transferts stupides afin de « déplacer » le problème.

« Si mincir est l’aboutissement d’un processus de travail sur soi-même, si l’on est à l’écoute de ses sensations alimentaires, si l’on travaille sur ses émotions pour apprendre à mieux les vivre, on va perdre du poids progressivement, tout en intégrant les changements et en se préparant déjà à « l’après ». »

be brave

Retrouvez l’interview de Gérard Apfeldorfer, psychiatre et psychothérapeute, ici.

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